_____Les clefs cognent à plusieurs reprises contre la ferraille de la serrure, sans jamais y entrer. Tom, trop occupé à profiter de la présence de son jumeau, ne se soucie nullement du temps qu'ils peuvent passer sur le seuil de leur appartement. Bill, cependant, n'est pas du même avis. Dans le dos de Tom, il sautille, danse, trépigne d'impatience. Des mois qu'il n'a plus mis les pieds chez eux, cela lui a manqué. Son grand lit deux places si moelleux et confortable qui a vu défilé déjà tant de conquêtes, leur écran plasma dernier cri, leur tranquillité qu'ils ne retrouvent qu'en ces lieux, leur bordel légendaire, et surtout la vue imprenable sur la métropole d'Hambourg. Oui, tout cela lui a vraiment manqué. Alors, à la fois exaspéré et amusé de la lenteur déconcertante de Tom, il lui arrache les clefs des mains et les introduit nerveusement dans la serrure. Bill devine un sourire presque moqueur sur les lèvres de son double mais n'y prête aucune attention. Hésitant entre se précipiter à l'intérieur directement et faire durer le plaisir, il pousse la porte et découvre le hall illuminé par la baie vitrée. Il ose un pas sur le parquet, puis deux et finit par s'arrêter. L'atmosphère des lieux l'envahit, l'apaise instantanément. Il est de retour à la maison. Ses yeux parcourent ébahis les moindres détails de la pièce.
- Vas-y Bill. Encore un pas et t'es dans le salon, l'encourage Tom, narquoisement.
_____Bill se retourne, s'apprête à riposter quand il se souvient soudainement qu'il lui est interdit d'ouvrir la bouche pour produire des sons, quels qu'ils soient. Il le fusille alors du regard pour lui signaler qu'il n'est pas d'humeur à plaisanter.
_____Conscient de sa connerie, Tom s'approche et l'attrape par les épaules.
- No stress petit frère. Doit bien y avoir quelque chose dans les placards pour que tu puisses me dévoiler le fond de tes pensées.
_____Il l'abandonne quelques instants pour disparaître à l'étage. Bill en profite pour redécouvrir les lieux. Il s'affale dans le sofa, fait glisser le bout de ses doigts sur le sommet des meubles récoltant ainsi quelques poussières au passage, il est certain qu'ils n'ont jamais été très doués pour le ménage, et ouvre le frigo, essayant de deviner quel sera leur prochain repas.
_____Alors que son choix balance entre des omelettes et des croques monsieur, la voix grave du dreadeux raisonne dans tout l'appartement.
- Bill ? T'es où ?!!
_____Bill sourit, refermant le frigo, mais ne bouge pas pour autant. Qu'il cherche un peu, tiens !
- BILL ? hurle-t-il. Je sais que tu peux pas me répondre mais viens ici... Ou si tu peux pas parce qu'un avion s'est écrasé ou je sais pas trop quoi, fait du bruit, ou quelque chose, merde !
_____L'intéressé s'adosse au frigo, les bras croisés, satisfait de la réaction qu'il provoque chez son frère. Comprenant que Bill ne daignera donner signe de vie, il se lance à sa recherche, pestant intérieurement contre ce dernier. Il ne tarde pas à débouler dans la cuisine et à découvrir Bill, peinard à l'attendre.
- Tu fais chier, vieux.
_____Pas plus touché que ça, Bill récupère le cahier des mains du guitariste, saisit un stylo posé sur le plan de travail et griffonne rapidement quelques notes qu'il tend à Tom.
- T'as eu peur, avoue. Peur ? Moi, peur ? Mais peur de quoi ? T'es con ?
_____Bill lève les yeux au ciel, n'étant pas dupe. Il connait son frère et sait pertinemment qu'il ne sait mentir qu'au sujet de ses aventures. Il renchérit donc.
- AHAH. Tu peux me le dire, je risque pas de le répéter, lit Tom.
_____Plus bas sur la page, un peu à l'écart du reste, Tom remarque quelques traits.
- Mens pas, Hadrien m'a tout raconté.
_____Tom se tait, cherche une excuse à servir à son frère mais semble sècher.
- Bon ok, j'avoue. J'ai eu UN PEU peur, se résigne-t-il.
_____Le brun soulève la main et rapproche son index de son pouce, relevant un sourcil, l'air d'insister. "Juste UN PEU?! XD"
- Beaucoup, soupire Tom. Mais comment tu veux que je reste zen alors que des inconnus te charcutent, t'ouvrent la gorge. Imagine que l'un d'entre eux ait été un anti Tokio Hotel, il aurait très bien pu t'égorger ! Ou si l'une de leurs filles avait été fan, son père aurait pu vouloir lui ramener un bout des cordes vocales sacrées de Bill Kaulitz. Et si il y avait eu une panne de courant, hein ? Un petit mouvement de travers et c'est FINI ! Ou pire, dit-il en agitant les bras dans tous les sens, imagine qu'un des chirurgiens ait eu d'horribles problèmes gastriques ce matin-là et que pour atténuer sa puanteur buccale, il ait mangé un chewing gum, si par malheur il avait toussé à ce moment-là, son chewing gum aurait pu atterrir en plein sur une de tes cordes vocales si précieuses pour nous tous et là, terminé à jamais ! A cause d'un bête machin ayant collé ta gorge U__U
_____Entre l'envie de rire face à ce discours mouvementé et l'envie de le serrer fort dans ses bras, Bill pose un index sur la bouche de son frère, lui assure que, maintenant il est là, à ses côtés, sain et sauf.
- Hum après cette séquence émotion, va regarder un film, je m'occupe de tout.
_____Apeuré, Bill lui lance un air sceptique. De quoi compte-t-il s'occuper au juste ? Tom, en bon jumeau, s'aperçoit du malaise gagnant son frère et intervient.
- Et non. Pas de pizza. Et même si t'en voulais une... Tu l'appelles comment ton livreur ? Condamné à déguster mes pâtes sauce maison, Billou ! s'écrie Tom, fier de pouvoir enfin démontrer ses talents culinaires à quelqu'un.
_____Résigné, le dénommé Billou se dirige en trainant les pieds vers le salon. Il ouvre l'immense meuble où tous leurs DVD sont classés par ordre de genre et alphabétique, la seule et unique chose dans cet appartement, à l'exception des guitares de Tom, qui soient correctement ordonnées. Il balaye du regard les différentes rangées, ne trouvant pas l'inspiration. Quel film va-t-il bien pouvoir visionner ? Il continue son inspection lorsque ses yeux s'attardent finalement sur le bloc des séries. Prison Break. Ca devrait l'occuper pendant un bon bout de temps. Il sort la première saison, l'introduit dans le lecteur et s'installe confortablement entre les coussins du divan. Il entame le premier épisode, le deuxième, au moment où Michael s'apprête à entrer en contact avec T-Bag pour la première fois, Tom surgit triomphalement dans la pièce, brandissant son plat de pâtes.
- A table ! Enfin non, reste là. On a qu'à profiter d'être que tous les deux pour dîner devant la télévision.
_____Joignant l'acte à ses paroles, il pose délicatement une assiette débordante devant son frère qui s'empresse de noter une nouvelle phrase. « Et toi, t'en manges pas ? oO »
- Oh t'en fais pas pour moi. J'ai grignoté en te préparant ça. Ca donne faim de cuisiner si longtemps. J'ai pas pu résister quand je suis tombé sur les prunes. E puis, ça en fait plus pour toi.
_____Ne sachant s'il doit être touché ou méfiant par de telles paroles, Bill s'empare de l'assiette et apporte la fourchette à sa bouche en plusieurs mouvements, manquant plusieurs fois de prétendre un manque total d'appétit. Il se force cependant à en avaler une bouchée, et plusieurs autres consécutives sans ne remarquer aucun goût particulièrement désagréable. Bill se risque même à tourner la tête vers Tom pour le féliciter, lui faire comprendre qu'il n'est pas une si grande catastrophe derrière les fourneaux. Ses lèvres s'étirent doucement en un petit sourire lorsqu'un goût à la fois amer et sûr envahit progressivement son palais et ses papilles. Il se stoppe net et écarquille les yeux de telle sorte que l'on pourrait comparer son expression à une moue d'extase.
- C'est bon à ce point là ?! s'exclame Tom
_____Conscient de l'ambiguïté de la situation, Bill s'immobilise, s'enfonce profondément [XD] dans les coussins moelleux et se concentre pour tenter d'avaler sans trop de dégoût apparent cette mixture au goût répugnant. Il acquiesce ensuite, préférant conforter son frère dans l'idée qu'il est un chef plutôt que de le vexer. Alors, mettant sa fierté de côté l'espace d'une seconde, il ose une dernière bouchée afin de terminer son assiette.
- T'en veux une deuxième louche ?
_____Le dreadeux prononce cette unique phrase tout en sautillant puérilement sur son siège. Effrayé par cette simple ide, Bill écarte brutalement l'assiette dans une direction opposée à celle de son frère puis empoigne son carnet afin de justifier cette attitude. Tom hausse les sourcils, l'air dubitatif. « Plus faim » est tout ce qu'il ajoute pour ne pas blesser son ego.
++++++++++++++++--+++++++_ Ellipse de 5 heures_+++++++++++++++++++++++
Sa paume dérape, glisse trop rapidement d'une case à l'autre. Le son que produit sa guitare lui irrite les tympans mais il persévère. Il croit en lui, il y parviendra.
[ ... ]
Son dos heurte de plein fouet les marches les unes après les autres. Il tend les bras vers le ciel tant qu'il peut, espérant encore pouvoir se rattraper à la rampe. Il espère encore pouvoir éviter de tout dévaler. Sa vue se trouble, tous ses sens se meurent. Au loin, il perçoit la voix de Bill, son petit frère à qui l'on hurle de se taire.
[ ... ]
Des bruits de pas raisonnent dans la cage d'escalier. Il n'y prête pas attention et persiste dans ses fausses notes. Toute sa concentration est portée sur le corps de sa guitare jusqu'à l'instant où sa tête bascule en arrière sous cette force qu'il ne connaît que trop. Il redresse le front et croise son regard plein de fureur. Son visage, d'habitude si protecteur, est déformé par la déception et la honte. Tom se lève énergiquement, lui assène un coup de poing magistral auquel il ne répond pas. Comment n'a-t-il rien pu sentir ? Comme si sa main le traversait. Cet homme qui, si proche de lui en temps normal, n'est plus qu'un inconnu, ne le regarde même plus. Ses yeux se perdent au niveau de son nombril. Comme s'ils étaient captivés par ce qui se tient dans son dos. Instinctivement, Tom pivote et refuse de croire ce qui se déroule face à lui. Hadrien, étendu au sol, se tient la joue dans les mains, n'osant se plaindre à haute voix.
[ ... ]
« Oui, Bill. Lui aussi est tombé dans les escaliers. »
[ ... ]
Ses paupières refusent de s'ouvrir. Elles sont closes et le resteront. Peut-être parce qu'il ne sent plus la force en lui de subir tout ça. Sa présence dans cette pièce le bouffe un peu plus à chaque instant passé. Il l'imagine s'avancer à nouveau vers ce corps si vulnérable, tendre le bras après que cette paume si grand ne vienne gifler ce visage si petit. « Pardon, pardon. Pardon. » Cette voix se répercute autour de lui, en lui. Il pourrait presque croire que c'est la sienne.
_____Soudain, un bruit retentit. L'un de ces bruits inquiétants qui vous donnent l'impression que vos os vont se briser tant ils sont forts. Fracassants. Déchirants. Perçants. Probablement que le tonnerre mais cela ne le rassure as pour autant.
_____Il repousse ses couvertures qui l'emprisonnent contre le matelas, s'assied et jette un coup d'½il à son reflet, sur le miroir à sa gauche. Il ressent de faibles picotements sur sa joue quelque peu rosie. Il frissonne et secoue tous ses membres. La sueur qui coule entre ses côtés, le long de ses tempes, parmi ses dreads, lui glace le sang tant celle-ci est imprégnée de tous ces cauchemars précédents. Il scrute chaque recoin de la pièce, redoutant qu'il s'y cache.
_____Un nouvel éclair déchire le ciel. L'électricité traverse son échine, lui suggérant de rejoindre son frère au plus vite. Il n'hésite pas plus longtemps et détale dans la chambre d'en face. Il saute littéralement sur le lit de son frère, se précipite de s'enfouir dans ses draps, ne manquant pas d'éveiller Bill à cette heure si indécente. Ressentant la peur de son jumeau, il l'invite à s'approcher et à se protéger à ses côtés, tout en tenant un drap surélevé et l'autre main tapotant le matelas près de sa hanche. Le dreadeux accepte immédiatement et se colle tant qu'il peut au corps de Bill. Le besoin de sentir cette présence humaine et physique contre lui, cet être inoffensif mais suffisamment fort que pour les protéger du monde entier. Bill enserre ses épaules de son bras, lui signifiant qu'il est là. Seulement lui, personne d'autre. Juste eux deux. Surtout pas ce monstre qui le hante à nouveau. Car oui, Bill a perçu la détresse de son jumeau comme si elle était sienne. Tom ne lui explique pas, Bill ne le réconforte pas. Ils se suffisent. Au fil des minutes qui s'écoulent, Tom s'apaise, sa tête reposant sur l'épaule de son double. Ils finissent pas s'assoupir, dans les bras l'un de l'autre.
_____Le lendemain matin, Tom agit comme s'il ne s'était absolument rien passé, comme s'il avait tout effacé inconsciemment.
_____Tôt dans la journée, il s'empare de quelques fringues, les enfile à la va vite et interpelle Bill.
- Bon, c'est pas tout ça mais rester cloîtré, c'est pas mon truc. J'vais faire de l'escalade avec les G's.
_____Devinant le regard perplexe de son interlocuteur, Tom se défend.
- Oui de l'escalade. Je te sens venir d'ici. Je sais, j'ai le vertige. Mais raison de plus ! s'encourage-t-il, sur un ton qui se veut enjoué, ramenant son poing vers son visage en signe de grande conviction.
_____Avant que Bill n'ait eu le temps de s'emparer de la moindre feuille pour l'interroger, il passe le seuil de la porte, le salue et lui précise qu'il sera de retour dans quelques heures, tout au plus.
+++++++++++++++++--++++++_ Ellipse de 1 heure_+++++++++++++++++++++++
_____Il aura longuement hésité, effectuant de nombreux détours dans la ville, au volant de sa Cadillac dernier cri. Cependant, il se tient droit comme un i devant le tourniquet de cet hôpital qu'il s'était fait une joie de quitter la veille même. D'un pas mal assuré, il se dirige vers l'accueil. Il balaye des yeux les lieux et se souvient à quel point il s'y était senti perdu et mal. Il s'immobilise au beau milieu du hall, ne sachant plus s'il tient toujours autant à se mêler de ça.
- Je peux vous aider monsieur ? s'impose la secrétaire.
- Euh. C'est-à-dire que non, vous n'pouv-, s'interrompt-il soudainement.
_____Des images en cascade lui reviennent en mémoire, toutes lui rappellent ce visage angélique et sans défense. Hadrien.
- Euh si, tout compte fait. J'aimerais rendre visite à Hadrien.
- Quel est son nom de famille ?
- Sais pas.
- Je ne peux pas vous aider dans ce cas. Et seuls les membres de la famille sont autorisés aux visites à cette heure-ci.
- Je suis un cousin du côté maternel, je ne connais pas son nom, ment Tom.
- Hm, très bien. Je vais jeter un coup d'½il aux fiches informatiques.
_____La femme pianote lentement sur le clavier, cherchant sans réelle conviction. Cela agace le guitariste au plus haut point.
- Hadrien avec un H. Un p'tit gars de six ans. Blondinet.
- Sa couleur de cheveux ne m'aidera pas dans mes recherches, monsieur... Ah ça y est je crois... Hadrien Matilord.
- Oui, oui ! C'est ça ! Où est-il ? Quelle chambre ?
- Désolée monsieur, mais il n'est plus des nôtres.
_____Il se fige. Le temps s'arrête. Il n'est plus des nôtres.
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Teddy & Gummy prennent la parole...
Nous souhaitons remercier nos premiers lecteurs pour avoir pris le temps de découvrir cet univers que nous construisons petit à petit...
Le personnage de Tom semble vous laisser bien perplexe =) Patience, les réponses arrivent.
Nous sommes impatients d'avoir vos réactions quant à ce second chapitre écrit dans l'obscurité nocturne.A bientôt.